L’ Evénement

Jeudi 03 février 2022 à 14h30 – 17h00 – 20h00 – Sortie nationale

  • de Audrey Diwan
  • Avec Luana Bajrami, Sandrine Bonnaire, Louise Chevilotte…
  • Drame • 1h40
  • France (2021)
  • Version originale française
  • September Film
Louise Orry-Diquéro, Anamaria Vartolomei, Luàna Bajrami
Sandrine Bonnaire, Anamaria Vartolomei
Anamaria Vartolomei
Anamaria Vartolomei


D’après le roman éponyme d’Annie Ernaux.
Je me suis faite engrossée comme une pauvre. L’histoire d’Anne, très jeune femme qui décide d’avorter afin de finir ses études et d’échapper au destin social de sa famille prolétaire. L’histoire de la France en 1963, d’une société qui condamne le désir des femmes, et le sexe en général. Une histoire simple et dure retraçant le chemin de qui décide d’agir contre la loi. Anne a peu de temps devant elle, les examens approchent, son ventre s’arrondit…

Lion d’Or au Festival de Venise 2021
4 autres Récompenses et 8 Nominations : voir ici

Dossier de Presse : ici

« LE FILM NE DÉMONTRE PAS, NE JUGE PAS,
NE DRAMATISE PAS NON PLUS. »

Lettre de Annie Ernaux

En sortant de la projection de L’ÉVÉNEMENT, j’étais très émue, je n’ai trouvé à adresser à Audrey Diwan que ces mots : « Vous avez réalisé un film juste. »
Juste, c’est à dire au plus près de ce que signifiait pour une fille de se découvrir enceinte dans les années soixante quand la loi interdisait et punissait l’avortement. Le film ne démontre pas, ne juge pas, ne dramatise pas non plus. Il suit Anne dans sa vie et son environnement d’étudiante entre le moment où elle attend en vain ses règles et celui où sa grossesse est derrière elle, que « l’Événement » a eu lieu. Simplement – façon de parler – c’est par le regard d’Anne, ses gestes, sa façon de se comporter avec les autres, de marcher, ses silences, qu’il nous fait ressentir le basculement soudain produit dans son existence, dans son corps qui s’alourdit, réclame de la nourriture et s’écœure. Qu’il nous fait entrer dans l’horreur indicible du temps qui avance et s’affiche en semaines à l’écran, le désarroi et le découragement de solutions qui s’effondrent mais aussi – c’est très clair – la détermination d’aller jusqu’au bout. Et, quand tout est accompli, sur le visage paisible et lumineux d’Anne, au milieu des autres étudiants, se lit la certitude d’un avenir redevenu ouvert.

Je ne peux pas imaginer quelqu’un d’autre qu’Anamaria Vartolomei pour incarner Anne et, d’une certaine manière, m’incarner moi-même à 23 ans, elle est bouleversante de vérité, de justesse par rapport à ma mémoire.
Mais juste, le film ne l’aurait pas été totalement à mes yeux s’il avait occulté les pratiques auxquelles les femmes ont recouru avant la loi Veil. Audrey Diwan a le courage de les montrer dans leur réalité brutale, l’aiguille à tricoter, la sonde introduite dans l’utérus par une « faiseuse d’anges ». Parce que c’est seulement ainsi, dans le dérangement suscité par ces images, qu’on peut prendre conscience de ce qui a été infligé au corps des femmes et de ce que signifierait un retour en arrière.

Il y a vingt ans, j’écrivais à la fin de mon livre que ce qui m’était arrivé durant ces trois mois de 1964 m’apparaissait « comme une expérience totale », du temps, de la morale et de l’interdit, de la loi, « une expérience vécue d’un bout à l’autre au travers du corps ». C’est cela, en somme, qu’Audrey Diwan donne à voir et ressentir dans son film.

Programmation communiquée sous réserve de modification imposée par les distributeurs

Fermer